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Pénurie de main-d’œuvre dans les camps

Lorsqu’on pense camp de jour et camp d’été, c’est automatiquement l’odeur de crème solaire, la lumière du soleil, le son des rires, des chansons et de l’enthousiasme des enfants qui nous viennent à l’esprit. Pour plusieurs enfants, ce ne sera pas le cas cet été, et ce malgré la volonté des parents, des gestionnaires de camps et des décideurs. L’enjeu cet été c’est le manque criant de main-d’œuvre pour pourvoir les postes d’animateurs et d’accompagnateurs. Le 8 juin dernier, deux articles ont été publiés respectivement dans Le Soleil et à Radio-Canada, dénonçant le manque de place dans les camps pour les jeunes handicapés. La même journée, nous étions interpellés par le Sherbrooke Record et Brome County News afin de nous prononcer sur l’enjeu du manque de main-d’œuvre. À l’Association québécoise pour le loisir des personnes handicapées (AQLPH), nous avons entre autres comme mandat le soutien à l’intégration des personnes handicapées dans les camps. Nous sommes donc préoccupés par cet enjeu et nous souhaitons réagir à cette effervescence.

La pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans tous les secteurs économiques touche particulièrement les camps et limite ainsi l’accès aux personnes handicapées, jeunes et moins jeunes. Cette pénurie est présente depuis les dernières années, mais cette année, la situation est d’autant plus critique. Nous sommes conscients de cet enjeu depuis déjà un moment, c’est pourquoi l’AQLPH et son réseau, de même que les acteurs provinciaux travaillant auprès des camps, ont entrepris des actions pour soutenir le recrutement. Nous pensons par exemple : à la campagne de promotion des formations en accompagnement et à l’animation visant un public de niveau collégial qui a été diffusée sur différents médias sociaux; à notre plateforme de recrutement disponible sur le site web de l’AQLPH; ou encore, à la trousse de soutien avec des outils clé en main qui a été développé par l’Association des camps du Québec. Malgré ces actions, la compétition est féroce. Les salaires, les avantages sociaux et la flexibilité d’horaire offerts par d’autres emplois font en sorte que les gestionnaires de camps ont les mains liées et ne peuvent recruter le personnel nécessaire.

Pour les soutenir dans le recrutement d’accompagnateurs, les gestionnaires de camps, OBNL ou municipaux, ont accès au soutien du gouvernement du Québec. En effet, le programme d’assistance financière au loisir des personnes handicapées (PAFLPH) du ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) offre une aide financière qui s’applique aux salaires des accompagnateurs. Cette offre a même été bonifiée dans la dernière année atteignant (6 069 073). Malgré cette somme qui semble énorme, ce n’est que 35% des demandes qui sont financées, laissant ainsi 65% des emplois sans financement. Les sommes accordées constituent une occasion d’augmenter les salaires afin d’offrir des emplois plus compétitifs. Malheureusement, un trop petit nombre d’organisations reçoivent les montants nécessaires à cette augmentation des salaires. De plus, la lourdeur administrative actuelle entraîne un retard majeur dans l’annonce des montants. À cet effet, l’AQLPH et son réseau ont envoyé des lettres aux élus afin de les sensibiliser aux délais administratifs dans l’espoir de mettre de la pression pour que le MEQ confirme les montants accordés rapidement. À l’heure d’écrire ces lignes, aucun montant n’est encore annoncé.

Certains acteurs du milieu ont également dénoncé le manque de financement. C’est le cas de l’Union des municipalités du Québec qui relevait des enjeux liés aux camps il y a quelques mois dans une résolution, demandant au MEQ d’agir afin de bonifier le PAFLPH. Des parents se sont également mobilisés et lancé une pétition pour la révision du financement des places adaptées pour les enfants handicapés dans les camps de jour.

Les enjeux dans les camps de jour, comme les difficultés de recrutement, ont fait l’objet d’une journée de réflexion par les acteurs qui travaillent pour les camps au Québec lors du Forum québécois du loisir sur les camps de jour le 31 mars dernier. L’AQLPH y était afin d’inclure les besoins pour les personnes handicapées. À l’issue de cette journée, les 7 partenaires principaux ont proposé la Déclaration camp de jour : Coconstruire l’idéal d’un milieu. Celle-ci stipule entre autres que :

  • Les camps s’inscrivent dans l’offre globale de loisir, ils sont « essentiel » pour assurer la conciliation famille-travail.
  • Les camps de jour sont complémentaires et en continuité du système scolaire et du système de santé.
  • Le gouvernement doit assurer le déploiement des services adéquats pour la clientèle avec des besoins particuliers.
  • Le gouvernement doit répondre aux enjeux de pénurie de main-d’œuvre.

C’est donc dire que le milieu se mobilise, se concerte et agit. Des actions sont mises en place, des amorces de solutions sont proposées et ce n’est que le début. Ces actions ne feront sans doute aucune différence à très courts termes. Cependant, à l’AQLPH, nous restons très préoccupés par la situation. Nous nous engageons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour amener des solutions et supporter le milieu afin de renverser la vapeur dans les prochaines années, tout comme nous travaillerons à valoriser la profession d’accompagnateur. Ce ne sont là que des petits pas, mais des petits pas qui nous amèneront loin, nous le souhaitons.

Geneviève Bergeron, directrice générale AQLPH

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